Centre Autonome d’Expérimentation Sociale - C A E S -

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Juil 2004 / Expérimenter un rapport « nouveau » au social, à la culture et à l’art.

Une présentation du CAES suivie d’un interview de Chris et Jean

mardi 28 septembre 2010, par Digreg

SCULPTER L’HISTOIRE (DANS LES SOUTERRAINS) 1er juillet 2004.

Paroles croisées entre Jean Starck fondateur du mouvement Art cloche, ancien résident du CAES et du couvent des Récollets, et Chris Even l’un des pionniers de l’aventure

Propos recueillis par Nicolas Roméas

L’histoire du Caes (Centre autonome d’expérimentation sociale) de Ris-Orangis est directement issue des utopies politiques et sociales qui furent réactivées à partir de l’explosion de mai 1968. Une tentative presque fouriériste de créer un espace où différents types d’activités habituellement séparées (sociales, techniques, culturelles, artistiques, festives, artisanales) et, par conséquent différentes composantes de la société, puissent coexister, se rencontrer, s’enrichir et trouver ainsi l’occasion de se fertiliser mutuellement.

Cette histoire, peu connue, est très significative de celle de ces lieux de toutes natures qui furent réhabilités sur le modèle de ce qui s’était déjà développé dans plusieurs pays de l’Europe reconstruite, pour y expérimenter un rapport « nouveau », ouvert et démocratique, au social, à la culture et à l’art.

Parsemée de réussites et de crises, cette histoire est particulièrement emblématique de ce qu’il est possible d’inventer en ce domaine dans un pays comme la France, et des innombrables obstacles inévitablement rencontrés lorsqu’on s’engage sur un chemin aussi utopique.
Nous n’avons pas ici la prétention d’épuiser ce sujet extrêmement riche, nous l’ouvrons simplement sur la base d’une conversation à bâtons rompus avec deux pionniers de la première heure et nous continuerons dans de prochains numéros à explorer avec d’autres acteurs une aventure qui court sur plus de vingt ans et n’est pas achevée.

Ce texte, écrit dans les années quatre-vingt par le collectif fondateur alors que le CAES fonctionnait depuis plusieurs années, présentait la démarche et les activités initiales du Centre autonome d’expérimentation sociale : « En 1981, quinze jeunes banlieusards prennent l’initiative d’ouvrir ce lieu laissé à l’abandon et de lui redonner vie. À la même époque, le rapport Schwartz incite les jeunes à s’approprier les lieux vacants pour y mettre en œuvre leurs projets. Ils se mettent à la tâche et créent un lieu de vie et de travail, développent des activités qui constituent très vite une richesse humaine, culturelle, artistique, technique, ludique et sociale.

« Au fil des ans, ils ont construit, modifié, recréé encore [...] Individus, groupes, associations, artisans, sociétés se côtoient et agissent ensemble : musique, danse, escalade, danse-escalade, théâtre, cirque, peinture, sculpture, décoration, photo, cinéma, sérigraphie, architecture, brocante, stages, mais aussi mécanique, menuiserie, tapisserie, accueil de personnes en difficulté et handicapées - et également création de spectacles, expos, événements, concerts...

« Nous donnons réalité à cette hypothèse : il peut exister dans un milieu urbain un espace d’expérimentation culturelle et sociale, un lieu pour se faire et inventer son chemin avec l’aléatoire, la friche urbaine, en l’occurrence cette caserne désaffectée. De quinze, nous sommes passés à plus de quatre-vingt. L’intérêt de chacun assure la pérennité de ce lieu d’échange et de création. Ce métissage d’individus et d’expériences en fait un lieu où chacun, au moyen des structures créées peut trouver le fil de ce qu’il a à faire, y réaliser ses projets dans une perspective inédite. »

Cassandre/Horschamp : Jean Starck, comment avez- vous découvert le CAES ?

Jean Starck : En 1984, avec un ami allemand qui m’a emmené visiter le lieu sur sa moto. À ce moment, c’était encore assez désertique. Les bâtiments occupés ensuite par Art cloche, par Henri Shurder en 1985, et nous en 1989, étaient à l’abandon. Mais le CAES était déjà un lieu de référence, un centre autonome d’expérimentation sociale, et ça m’intéressait. L’histoire d’Art cloche s’est déroulée de 1981 à 1989 sur Paris, et nous avons cherché à pérenniser nos acquis. Nous étions fatigués d’errer de squat en squat. On a fait une demande en 1985 de cooptation vis-à-vis du conseil d’administration du CAES. Cette demande a été refusée, je crois qu’il y avait une crise. Puis c’est par le biais d’Henri Shurder et de Chris Even qu’on a pu mettre un pied puis deux, puis quatre et que les fondateurs d’Art cloche sont venus s’installer : Shurder vers 1987, moi en 1989 et Nicolas Pawlovski en 1991.

Cassandre/Horschamp : Cette implantation dans un lieu un peu moins éphémère que d’autres, vous a permis de vous poser, de structurer un peu votre mouvement...

J. S. : J’ai pu créer des choses que je n’avais pas pu faire à Paris : mon musée de poche Art cloche et, en 1992, une fabrique alternative qui a duré deux ans. Mais nous avons fait faillite. Le principe était de vendre de l’art contemporain à bas prix en banlieue, mais il n’y avait pas assez de banlieusards pour acheter. Nous avons alors créé ce que nous avons appelé la « Ruche de Ris » : une autre étape, par rapport à Art cloche, dans la continuité, mais d’une façon différente. Nous avons réussi à mettre en place des projets impossibles à réaliser à Paris parce que nous y étions trop aux abois. Ces actions s’inscrivaient dans le mouvement des arts alternatifs. Au départ, Art cloche était un groupe, puis c’est devenu un mouvement. À partir de notre deuxième base, il y a eu cinquante artistes dans Paris, et ils ont commencé à ouvrir d’autres espaces : les dénominations des lieux étaient souvent ceux des rues. Boinot, Potin, Résonance... Les gens du couvent des Récollets sont venus plus tard. Après la « base » Art cloche, trois ou quatre autres bases de 2-3 000 m2 se sont constituées avec des artistes. Certains étaient issus du « faux musée » Art cloche créé entre 1986 et 1987 dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

Cassandre/Horschamp : Chris, à cette période, vous étiez depuis longtemps au CAES... Recevoir ce mouvement artistique a été une valeur ajoutée ?

Chris Even : Nous avions des artistes importants. Il y avait Paul Sevehon, André Cazenave... Mon idée, c’était de marcher sur deux jambes : le social et le côté artistique, et en plus il y avait aussi l’habitat. C’était très différent d’une MJC.

Cassandre/Horschamp : Dans CAES, il n’y a pas « art ».

C. E. : Le social, compris au sens large, fait partie du champ de la culture. Pour nous c’était un village. L’idée, c’était : habiter, faire du culturel et du social dans le même espace. Il y avait d’autres artistes, mais j’ai eu tout de suite des contacts avec Jean Starck, parce que j’aimais le côté art brut, récup, et puis le personnage me plaisait. Au départ, j’étais le comédien de la bande, il y avait beaucoup de musiciens et une grande quantité de bricoleurs-artisans. Même si j’étais comédien, j’ai cherché à faire venir des peintres, des sculpteurs, des danseurs, des gens de cirque. J’avais navigué dans les squats, je savais qu’on y trouvait parfois des choses un peu trop bordéliques. Il y avait des troupes de théâtre qui voulaient récupérer une grande partie des bâtiments. On ne pouvait pas laisser le CAES être phagocyté par un groupe. Il fallait la cohabitation de plusieurs composantes, et ceux qui sont restés en étaient d’accord.
[...]Extrait - LIRE LA SUITE DE CE TEXTE DANS LE NUMÉRO 58 DE CASSANDRE/HORSCHAMP


Voir en ligne : http://www.horschamp.org/spip.php?a...

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